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Contester un paiement auprès de sa banque : la procédure de chargeback pas à pas

Fraude ou colis jamais livré : deux procédures différentes, deux délais, deux formulaires. Ce qu'il faut fournir à sa banque et ce qu'elle peut légitimement refuser.

Par Équipe Style Futé

Les moyens de paiement classés par recours

En bref Les points essentiels

  1. Deux procédures coexistent et se confondent souvent : la contestation d'une opération non autorisée, qui est un droit prévu par la loi, et la rétrofacturation, qui est une règle des réseaux de cartes.
  2. Pour une opération non autorisée dans l'Espace économique européen, l'article L133-24 du code monétaire et financier ouvre un délai de treize mois à compter du débit.
  3. Pour un litige commercial, colis jamais reçu ou article non conforme, le délai dépend du réseau et du motif, de l'ordre de trente à cent vingt jours : c'est la voie la plus courte, donc celle à ouvrir en premier.

« Demandez à votre banque une contestation de paiement. » La phrase revient partout, en fin d’article, comme si elle suffisait. Elle ne suffit pas : derrière ce conseil se cachent deux procédures différentes, avec deux fondements, deux délais et deux façons d’être refusée. Se tromper de porte, c’est perdre des semaines et parfois le droit d’agir. Voici laquelle ouvrir, avec quoi, et dans quel ordre.

Deux procédures, à ne surtout pas confondre

La première concerne les opérations que vous n’avez pas autorisées : un débit apparu sans que vous ayez rien commandé, une carte utilisée par quelqu’un d’autre. C’est une question de droit, réglée par le code monétaire et financier.

La seconde concerne les opérations que vous avez autorisées mais dont la contrepartie n’est jamais venue : vous avez bien payé, sciemment, et le colis n’arrive pas ou l’article n’a rien à voir avec l’annonce. Juridiquement, ce n’est pas une fraude au paiement — c’est un litige avec un vendeur, et la banque n’y est pas partie. La rétrofacturation, ou chargeback, est le mécanisme que les réseaux Visa et Mastercard mettent à disposition pour ces cas. C’est une règle contractuelle du réseau, pas une obligation légale de votre banque.

Cette distinction commande tout le reste : les délais, les pièces à fournir et les motifs de refus.

Voie 1 : l’opération non autorisée

Pour un débit que vous n’avez pas consenti, l’article L133-24 du code monétaire et financier fixe le délai de contestation à treize mois à compter de la date de débit pour les opérations réalisées dans l’Espace économique européen. Le délai est nettement plus court pour une opération réalisée hors de cette zone.

Deux points jouent en votre faveur, rappelés par l’Institut national de la consommation. La banque doit rembourser les sommes non autorisées et remettre le compte dans l’état où il se serait trouvé, agios et frais de rejet compris. Et surtout, la charge de la preuve lui appartient : le seul fait que l’opération ait été enregistrée ne suffit pas à démontrer que vous l’avez autorisée.

En pratique : faire opposition, écrire à la banque en indiquant les opérations contestées ligne par ligne, et conserver un double daté. Selon les cas, un dépôt de plainte ou un signalement peut être demandé.

Voie 2 : le litige commercial, ou rétrofacturation

C’est la voie qui concerne un colis jamais livré ou un article manifestement non conforme. Elle passe par le même service de la banque, mais elle obéit aux règles du réseau de la carte. Le délai y est beaucoup plus court : de l’ordre de trente à cent vingt jours selon le motif invoqué, à compter de la transaction ou de la date de livraison prévue.

C’est le point qui coûte le plus cher aux acheteuses. On attend, on relance le vendeur pendant deux mois parce qu’on espère encore, puis on se tourne vers la banque — et la fenêtre du réseau s’est refermée. Le bon réflexe est inverse : ouvrir la réclamation chez le vendeur immédiatement, et calculer tout de suite la date limite de la rétrofacturation.

Le dossier : cinq pièces, pas une de plus

Un dossier de rétrofacturation se juge sur des documents, pas sur un récit. Réunissez-les avant de contacter la banque.

  • Le récapitulatif de commande avec la date, le montant, le numéro de commande et le mode de paiement.
  • La preuve du débit : la ligne du relevé, avec le libellé exact du commerçant.
  • La trace des échanges avec le vendeur : la réclamation ouverte, sa date, et l’absence ou l’insuffisance de réponse. C’est cette pièce qui manque le plus souvent.
  • Le suivi de livraison, avec la date de livraison annoncée et le dernier statut enregistré.
  • Une lettre courte qui dit ce que vous avez commandé, ce que vous n’avez pas reçu, ce que vous avez tenté, et ce que vous demandez.

Écrivez sobrement. Le service qui traite votre demande remplit un formulaire à motifs codés : ce qui l’intéresse, ce sont les dates et les montants, pas l’agacement.

Ce que la banque peut légitimement refuser

Un refus n’est pas toujours de la mauvaise volonté. Les motifs les plus fréquents sont mécaniques : la demande arrive hors du délai du réseau ; aucune tentative de résolution avec le vendeur n’est démontrée ; le commerçant fournit une preuve de livraison à votre adresse ; l’article a bien été reçu et le litige porte en réalité sur un retour, qui relève d’une autre procédure ; ou le paiement n’a pas été fait par carte, auquel cas il n’y a tout simplement pas de réseau pour arbitrer.

Un dernier point rarement dit : une rétrofacturation obtenue n’est pas définitive tant que le commerçant peut répondre. S’il présente ses preuves, le réseau peut annuler le remboursement et le montant repart de votre compte. Ne considérez pas le dossier clos avant la fin de ce cycle.

Si les deux voies se ferment

Il reste des recours, mais ils n’appartiennent plus à la banque et sortent du cadre de cette page. Retenez seulement qu’un litige de consommation dispose de voies extrajudiciaires en France, et que les délais y sont plus longs que ceux du réseau : raison de plus pour ouvrir la rétrofacturation à temps plutôt qu’après.

Ce guide décrit la procédure générale prévue par le code de la consommation ; il ne remplace pas un conseil juridique personnalisé.

En résumé

Il y a deux portes, et elles ne s’ouvrent pas avec la même clé. L’opération non autorisée relève de la loi, avec treize mois pour agir dans l’Espace économique européen et une charge de la preuve qui pèse sur la banque. Le litige commercial relève des règles de réseau, avec une fenêtre de trente à cent vingt jours qui se referme pendant qu’on relance le vendeur. Dans les deux cas, ce qui décide est le dossier : dates, montants, trace écrite des échanges. Ouvrez la réclamation le jour où le doute apparaît, notez la date limite, et gardez tout par écrit.

Voir la procédure quand le colis n'arrive jamais
Vérifier les informations de sa banque avant d'ouvrir une contestation de paiement
Vérifier les informations de sa banque avant d'ouvrir une contestation de paiementPhoto · Style Futé

Questions fréquentes

Ma banque peut-elle refuser d'ouvrir une contestation ?

Pour une opération non autorisée, elle doit traiter la demande et c'est à elle de prouver que l'opération a été authentifiée et enregistrée. Pour un litige commercial, la rétrofacturation relève des règles du réseau : le refus est possible, notamment hors délai ou sans preuve de la commande.

Dois-je avoir contacté le vendeur avant ?

Pour un litige commercial, oui, et il faut pouvoir le montrer. Une réclamation ouverte dans l'application avec sa date est la pièce qui fait la différence entre un dossier recevable et un dossier vide.

Combien de temps la banque met-elle à répondre ?

Cela dépend de la voie. Une opération non autorisée doit être remboursée sans délai injustifié. Une rétrofacturation suit le calendrier du réseau, qui laisse au commerçant le temps de répondre : comptez plusieurs semaines.

Puis-je être débitée à nouveau après avoir été remboursée ?

Oui, c'est prévu. Si le commerçant conteste et apporte la preuve de la livraison ou de la conformité, le réseau peut annuler la rétrofacturation et le montant repart. D'où l'importance de la solidité du dossier initial.

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